HISTOIRE LITTÉRAIRE

D'ITALIE,

PAR P. L. GINGUENÉ,

DE L'INSTITUT DE FRANCE.

SECONDE ÉDITION,

REVUE ET CORRIGÉE SUR LES MANUSCRITS DE L'AUTEUR,
ORNÉE DE SON PORTRAIT, ET AUGMENTÉE D'UNE NOTICE HISTORIQUE
PAR M. DAUNOU.


TOME TROISIÈME.


À PARIS,
CHEZ L. G. MICHAUD, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
PLACE DES VICTOIRES, N°. 3.
M. DCCC. XXIV.





PREMIÈRE PARTIE.




CHAPITRE XV.

BOCCACE.

Notice sur sa Vie; Coup-d'œil général sur ses différents ouvrages,autres que le Décameron; en latin, Traités mythologiques, historiques,etc.; seize Églogues; en italien, Poëmes; Romans en prose; la Vie duDante; Commentaire sur la Divina Commedia.

L'effort que la nature fit en Italie au quatorzième siècle, en yproduisant presque à la fois trois grands hommes, fut d'autant plusheureux qu'ils reçurent d'elle tous trois un génie différent. Ilsprirent, pour monter sur le Parnasse, trois routes si diverses, qu'ilsarrivèrent au sommet sans se rencontrer ni se nuire; et l'on jouitaujourd'hui de leurs productions, sans que celles de l'un puissent nidonner l'idée de celles de l'autre, ni y être préférées ou mêmecomparées, ni, par conséquent en tenir lieu. Celui qui vint le dernierdes trois parut s'élever moins haut que les deux autres; mais c'est legenre où il excella qui n'a pas la même élévation. La manière dont ille traita n'est pas moins parfaite; et il est, comme eux, au premierrang, puisque, comme eux, il n'a pu encore être surpassé.

Jean Boccace naquit en 13131, d'une famille estimée dans le commerce,originaire de Certaldo, château situé à vingt milles de Florence, aubord de la rivière d'Elsa, dans une vallée qui, du nom de cetterivière, a pris le nom de Val d'Elsa. Son père, nommé Boccaccio diChellino, c'est-à-dire Boccace, fils de Michel, ou peut-être même un deses aïeux, quitta Certaldo pour aller s'établir à Florence, où ilacquit les droits de citoyen. Quoique Boccace joignît toute sa vie à sonnom les mots da Certaldo, il n'était point né dans ce château; ilvoulut seulement désigner le lieu qui avait été le berceau de safamille. Boccaccio di Chellino, appelé à Paris par les affaires de soncommerce, y avait eu, dans sa jeunesse, une liaison d'amour, dont JeanBoccace fut le fruit. Né à Paris, il fut conduit encore enfant àFlorence, par son père, et y reçut la première éducation, sous ungrammairien habile, nommé Giovanni da Strada. Il annonça bientôt lesdispositions les plus brillantes; il en montra surtout de très-précocespour la poésie. Dès l'âge de sept ans, sans savoir un mot des règles dela versification, il composait des fables, ou des espèces de récits envers, qui lui firent donner le surnom de poëte, parmi les enfants deson âge.

Note 1: (retour) Tiraboschi, Storia della Letter. ital., t. V, l. III, p.441.

Mais son père, qui n'était pas riche, ne voulant pas faire de lui unlittérateur ni un poëte, mais un bon marchand, comme il l'étaitlui-même, interrompit ses études lorsqu'il n'avait que dix ans, et leplaça chez un autre marchand, pour y apprendre l'arithmétique et latenue des livres. Quelques mois après, ce marchand vint s'établir àParis pour son commerce, et amena avec lui le jeune Boccace, quicontinua de marquer si peu de goût pour cet état, et donna si peu desatisfaction à son maître, que celu

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