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[Transcriber's note: Roger DOMBRE (pseud. of Mme Andrée SISSON née
LIGEROT, 1859-1914), Un tuteur embarrassé (c. 1910)
Orthographe et ponctuation de l'original conservées]

COLLECTION MIGNON-ROMAN

N° 32

UN TUTEUR

EMBARRASSE

PAR

ROGER DOMBRE

PIERRE RIVIERE

Editeur

PARIS — 10, RUE DE MEZIERES, 10 — PARIS

UN TUTEUR EMBARRASSE

I

J'étais morte.

Positivement et littéralement morte.

La preuve, c'est que tante Germaine se mouchait avec bruit; or, elle nese mouche que quand elle pleure, elle ne pleure que devant le trépas;tante Bertrande, elle, récitait des prières funèbres d'une voixentrecoupée de sanglots, et mon oncle Valère s'écriait en gémissant:

"Ma pauvre petite pupille! Elle m'a fait enrager bien souvent, mais jela regrette quand même; et puis, s'en aller ainsi, à quinze ans, c'esttrop tôt."

Quant à moi, j'ai honte de l'avouer… j'avais envie de rire.

Pourtant, je me disais:

"Il paraît bien que je suis morte, puisqu'on me pleure et me regrette;mais alors, où donc est le bon Dieu?… Pourquoi ce jugement annoncé demon vivant ne commence-t-il pas?"

J'avais beau me répéter:

"Je ne suis plus qu'une âme; mon corps, ce petit corps mince, jadis siremuant d'Odette d'Héristel est maintenant immobile sur mon litfroid…" Je ne pouvais me faire à l'idée que j'avais quitté la terre.

Comment cela m'avait-il pris, de mourir? Je me le rappelais assez bien;j'étais occupée à trier de la musique tout contre le piano, avec Robertqui chantonnait les premières mesures des morceaux en les prenant demes mains.

Tout à coup, il me dit:

— Tu es pâle, Odette, est-ce que tu souffres?

— Pas du tout, répliquai-je. Quelle idée! Je ne me suis jamais mieuxportée.

Mais aussitôt, je sentis un grand trouble en moi; un malaiseindéfinissable, comme celui qui précède la syncope.

Cela ne me faisait pas précisément mal, seulement un froid me gagnaitles veines, en commençant par les extrémités; tout tournait sous mesyeux, et mes jambes devenaient molles.

J'entendis Robert qui s'écriait, plein d'angoisse:

"Mon Dieu!… Odette se trouve mal."

Et je le sentis qui me prenait dans ses bras, ses grands bras robustesoù je me savais en sûreté.

Ensuite, il y a comme un voile sur mes souvenirs. J'ai dû demeurerévanouie tout à fait, quelque temps; la faculté d'entendre m'estrevenue je ne sais trop quand, mais non celle de parler; ni de memouvoir.

La voix de notre docteur, M. Mérentier, frappa mon oreille, au milieudes exclamations de mes tantes.

— C'est une embolie, prononçait avec ampleur cet homme célèbre dont jeme suis souvent moquée, de mon vivant. La mort a dû être instantanée,ce qui a évité à la chère enfant de grandes souffrances; mais ce casest assez rare dans un âge aussi tendre.

"En effet, pensai-je, prête à pleurer sur moi-même, je m'en vais à lafleur de mon printemps; c'est peut-être très poétique, mais la vie nem'ennuyait pas encore et je n'aurais pas été

...

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