ELPÉNOR

L’impression de ce volume tiré à 950
exemplaires (1-950) a été achevée sous
les presses de l’Imprimerie Durand, à
Chartres, le 25 août 1919. Le présent
exemplaire est justifié:

ELPÉNOR

PAR

JEAN GIRAUDOUX


PARIS
ÉMILE-PAUL FRÈRES, ÉDITEURS
100, RUE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ
PLACE BEAUVEAU

M CM XIX

Heureux écrivains qui le matin, au
réveil, salutaire exercice, faites des
haltères avec l’Iliade et l’Odyssée...
C’est alors que mourut le matelot
Elpénor. Seule occasion que j’aurai
de prononcer son nom, car il ne se
distingua jamais, ni par sa valeur,
ni par sa prudence.
Homère. Odyssée. Chant X.
{1}

TABLE DES MATIÈRES

LE CYCLOPE

L’ile était un paradis. Les compagnons d’Ulysse, qui depuis quatre joursn’avaient mangé ni bu, y découvrirent plusieurs sources, dont l’uned’eau pétillante, tous les fruits, plus une baie acidulée, énorme, quifondait délicieusement avec son noyau dans la bouche, et toutes lesespèces de gibier, plus le lubard jaune rayé de noir, qu’ils découpaientpar tranches transversales. En somme, le bonheur: c’est-à-dire tous vosvœux exaucés, plus celui qu’un dieu seul peut former pour vous. Toutesles ombres d’arbres, plus une parfumée qui se modelait sur le dormeur etlui évitait des camarades de sommeil, et il y avait pour les couples{2}d’amis des ombres jumelles... Cependant, dès l’après-midi, matelots etfourriers trépignaient le sable comme s’ils avaient à en arracher ledoux jus des vendanges. De leurs yeux ils versaient d’abondantsruisseaux de larmes, de l’œil droit pétillantes. Ulysse ne voyait pointles avirons, enfin rassasiés d’eau salée, rentrer, langues de bois, dansles hublots de la trirème et ses compagnons y apparaître, armés debattoirs et de linges. Ils tordaient seulement leurs bras, d’où coulaitun soleil aride. Si l’un d’eux, repu de chasse, s’étendait de biais surson javelot étincelant, il agitait par saccades, dans le sommeil, sesjambes bien fendues, comme les grenouilles sur leur fil de cuivre, et sedébattait dans les bras ravisseurs de Morphée. Ainsi l’enfant que sanourrice emporte loin de la belle flaque d’eau. Bref, ils avaient tous{3}les chagrins mortels, plus un qu’ils ignoraient, de ceux qu’un dieuseul peut donner.

C’est qu’une autre île, à un quart de lieue, se dressait, et ilsn’éprouvaient plus de désir que pour elle. Non pas qu’elle promît plusque la première, car elle lui était étrangement semblable. Même pic enson centre, sur les escarpements les mêmes jardins d’oranges, et la merdessinait autour d’elle (Ulysse les fit compter par Périmède), le mêmenombre de rides. A chaque platane répondait là-bas un platane, à chaquearbousier un arbo

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