
Vers onze heures du matin, par un doux soleil de printemps,—on était aucommencement d'avril, le 2, pour bien préciser—tout à coup deshurlements éclatèrent dans la rue Montmartre, à proximité du boulevard,tandis qu'une foule de coureurs rapides, mais peu élégants, se ruaientdu coin de la rue du Croissant, les uns vers le carrefour, les autresdévalant vers les Halles, mais tous glapissant des sons aigus,incohérents, à travers lesquels l'oreille déchirée cependant percevaitdes fragments de mots sinistres:
—Le crime de l'Obélisque.... D'mandez le Nouvelliste, éditionspéciale.—Horribles détails.
Après quelques hésitations—car combien de fois n'avait-on pas étémystifié par la rouerie des camelots!—quelques-uns achetaient lafeuille, l'examinaient, puis subitement entourés, s'arrêtaient sur placecomme médusés, et lisaient au milieu d'un groupe d'où émergeaient desfaces anxieuses....
—Oui, oui!... un crime!... un assassinat!... De qui?... On ne saitpas.... L'assassin est-il arrêté?... Je t'en fiche!...
Voici l'article court mais sensationnel qui motivait cette émotion:
«Ce matin, à quatre heures et demie, à l'heure où Paris désertappartient aux balayeurs et n'est sillonné que par des haque