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Jules Vallès

(1832-1885)

L'ENFANT

(1879)

Table des matières

DÉDICACE1 Ma mère2 La famille3 Le collège4 La petite ville5 La toilette6 Vacances7 Les joies du foyer8 Le Fer-à-Cheval9 Saint-Étienne10 Braves gens11 Le lycée12 Frottage—Gourmandise—Propreté13 L'argent14 Voyage au pays15 Projets d'évasion16 Un drame17 Souvenirs18 Le départ19 Louisette20 Mes humanités21 Madame Devinol22 La pension Legnagna23 Madame Vingtras à Paris24 Le retour25 La délivrance

DÉDICACE

À TOUS CEUXqui crevèrent d'ennui au collègeouqu'on fit pleurer dans la famillequi, pendant leur enfance,furent tyrannisés par leurs maîtresourossés par leurs parents

Je dédie ce livre.
Jules VALLÈS.

1Ma mère

Ai-je été nourri par ma mère? Est-ce une paysanne qui m'a donnéson lait? Je n'en sais rien. Quel que soit le sein que j'ai mordu,je ne me rappelle pas une caresse du temps où j'étais tout petit;je n'ai pas été dorloté, tapoté, baisoté; j'ai été beaucoupfouetté.

Ma mère dit qu'il ne faut pas gâter les enfants, et elle mefouette tous les matins; quand elle n'a pas le temps le matin,c'est pour midi, rarement plus tard que quatre heures.

Mademoiselle Balandreau m'y met du suif.

C'est une bonne vieille fille de cinquante ans. Elle demeureau-dessous de nous. D'abord elle était contente: comme elle n'a pasd'horloge, ça lui donnait l'heure. «Vlin! Vlan! Zon! Zon!—voilàle petit Chose qu'on fouette; il est temps de faire mon café aulait.»

Mais un jour que j'avais levé mon pan, parce que ça me cuisaittrop, et que je prenais l'air entre deux portes, elle m'a vu; monderrière lui a fait pitié.

Elle voulait d'abord le montrer à tout le monde, ameuter lesvoisins autour; mais elle a pensé que ce n'était pas le moyen dele sauver, et elle a inventé autre chose.

Lorsqu'elle entend ma mère me dire: «Jacques, je vais te fouetter!

—Madame Vingtras, ne vous donnez pas la peine, je vais faire çapour vous.

—Oh! chère demoiselle, vous êtes trop bonne!»

Mademoiselle Balandreau m'emmène; mais au lieu de me fouetter,elle frappe dans ses mains; moi, je crie. Ma mère remercie, lesoir, sa remplaçante.

«À votre service» répond la brave fille, en me glissant un bonbonen cachette.

Mon premier souvenir date donc d'une fessée. Mon second est pleind'étonnement et de larmes.

C'est au coin d'un feu de fagots, sous le manteau d'une vieillecheminée; ma mère tricote dans un coin; une cousine à moi, quisert de bonne dans la maison pauvre, range sur des planchesrongées quelques assiettes de grosse faïence avec des coqs à crêterouge et à queue bleue.

Mon père a un couteau à la main et taille un morceau de sapin; lescopeaux tombent jaunes et soyeux comme des brins de rubans. Il mefait un chariot avec des languettes de bois frais. Les roues sontdéjà taillées; ce sont des ronds de pommes de terre avec leurcercle de peau brune qui imite le fer… Le chariot va être fini;j'attends tout ému et les yeux grands ouverts, quand mon pèrepousse un cri et lève sa main pleine de sang. I

...

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